CORRESPONDANCES – ENSEMBLE BLANCONTACT : RENDEZ-VOUS INÉDIT AVEC QUATRE CHORÉGRAPHES ET UN GROUPE D’ARTISTES SURPRENANT·E·S !

Quatre chorégraphes issus du Luxembourg, de la Belgique et de la France créent des pièces dansées pour et par l’Ensemble blanContact, un groupe d’artistes avec et sans handicap. Le travail de création et le choix des danseurs et danseuses a débuté en septembre 2025. Naît un spectacle inédit aux thèmes variés qui met en avant des artistes insolites.

En partenariat avec le Trois C-L I Maison pour la danse, le Mierscher Theater lance un appel à projets en mars 2025, invitant des chorégraphes expérimenté·e·s à soumettre un projet pour une pièce chorégraphique à destination de danseurs et danseuses de l’Ensemble blanContact. L’idée est celle de créer un spectacle avec plusieurs chorégraphies qui pourraient être montrées séparément à d’autres occasions, lors de festivals internationaux par exemple. L’objectif est également celui de donner du renouveau et une nouvelle visibilité au projet blanContact qui est sous la direction du Mierscher Theater depuis plus de quinze ans et qui s’engage pour la présence d’artistes en situation d’un handicap sur scène.

Les projets de quatre chorégraphes ont finalement été retenus : Laura Arend, Jill Crovisier,­ Florent Devlesaver et Odile Gheysens. Seront présentés à leur tour un duo (Laura Arend avec Iris), un trio (­Odile Gheysens avec Entre Deux Corps) ou des créations en plus grands groupes (Jill ­Crovisier avec ­Alazar et Florent Devlesaver avec Comment se tenir au musée). Pour ces créations, chaque chorégraphe a sélectionné des danseuses et danseurs en situation d’handicap présent·e·s au casting organisé par le Mierscher Theater. Naît un spectacle tout à fait inhabituel avec un ensemble d’artistes et d’univers singuliers !

« blanContact est un projet que j’admire depuis tellement d’années ! » nous confie Jill Crovisier qui crée la pièce Alazar pour cette nouvelle édition. Jill Crovisier, née au Luxembourg, a traversé le monde entier grâce à son art, la danse. Elle a étudié en Chine, en France, aux États-Unis et en Indonésie et accorde une grande importance à la création d’œuvres inclusives et émotionnellement engageantes. « La danse est le seul langage universel qui nous relie à travers le monde, peu importe notre vécu. »

Dans Alazar, Jill dirige un groupe de 9 danseurs et danseuses, dont le danseur professionnel Serge Daniel Kaboré dont l’interview touchant peut être lu dans cette édition du CARISMA. Il s’agit d’une œuvre intime qui raconte la rencontre imprévisible de plusieurs êtres et qui explore les thèmes de l’identité et de l’acceptation. Certains des artistes, comme Sandra Fernandes Fitas, Patrick Racz et Steve Urbing dansent dans l’Ensemble depuis de longues années ; d’autres, comme Katja Schmitz ou Romain Witry, participent pour la première fois. « Je ne vois pas un handicap mais une personne, une histoire avec lesquelles je souhaite créer un univers », explique Jill.

« LE HANDICAP SUR SCÈNE N’EST PAS UNE LIMITE, BIEN AU CONTRAIRE : IL PERMET DE CRÉER AUTREMENT, ET LA DANSE OFFRE UN ESPACE OÙ LE CORPS PEUT ÊTRE LIBRE, SUBLIMÉ, TRANSFORMÉ EN ART À TRAVERS SES DIFFÉRENCES, EN RÉVÉLANT TOUTE SA SINGULARITÉ. MISES EN DIALOGUE, LES DIFFÉRENCES PEUVENT DONNER NAISSANCE À QUELQUE CHOSE D’HARMONIEUX, DE PUISSANT ET DE PROFONDÉMENT HUMAIN. »

Anelise Nigon, danseuse de l’Ensemble blanContact

De manière générale, l’enjeu de projets inclusifs n’est pas de « montrer le handicap », mais de mettre en scène une singularité artistique. Un corps qui ne répond pas aux normes standardisées et figées impose de nouvelles trajectoires, de nouveaux rythmes. Naît une esthétique toute particulière avec une grande force créative, qui oblige les chorégraphes à sortir de leur zone de confort.

Dans un autre registre artistique, l’artiste franco-luxembourgeoise Odile Gheysens crée Entre Deux Corps, un tango contemporain pour trois danseurs, sur la musique du bandonéoniste Daniel Gruselle. « En réunissant un couple de danseurs de tango professionnels (Andres Surra et Odile Gheysens) et une artiste du collectif Dadofonic (Sandra Fernandes Fitas), je souhaite questionner la beauté du mouvement au-delà des normes traditionnelles. Cela apporte une force artistique et humaine qui renouvellent notre regard sur le corps. » (Odile Gheysens)

Dans son travail artistique, Odile Gheysens se nourrit de plusieurs expressions : la danse contemporaine, le tango argentin et la danse voltige, disciplines qu’elle n’hésite pas à réunir afin d’explorer des langages chorégraphiques originaux. Sa danse se réinvente de tous ces mélanges et de ce désir d’entrelacer les formes artistiques. Pour Entre Deux Corps, Odile présente une danse poétique avec trois cœurs suspendus, qui explore les forces invisibles entre les êtres. En 2005, Odile Gheysens crée sa compagnie in Senso. Elle vit actuellement à Paris.

Laura Arend quant à elle s’inspire de l’univers des « cabarets parisiens de type Crazy Horse » pour créer Iris, un duo de femmes interprété par Laura Arend (respectivement Piera Jovic) et Anelise Nigon. Ce duo se consacre à une danse qui questionne notre rapport au désir, à la féminité et à la sexualité. « L’inclusion n’est pas un geste symbolique, mais une nécessité artistique, humaine et politique. Elle enrichit le langage chorégraphique, déplace les regards et ouvre de nouvelles formes de narration », explique Laura Arend qui souhaite interroger la puissance du désir dans toute sa diversité. « Comment le regard des autres influence-t-il ce que nous nous autorisons à ressentir et à exprimer ? »

Pour Anelise Nigon, danseuse de l’Ensemble ­ blanContact depuis plusieurs années, le handicap sur scène n’est pas une limite, bien au contraire : il permet de « créer autrement », et la danse offre un espace où « le corps peut être libre, sublimé, transformé en art à travers ses différences, en révélant toute sa singularité. Mises en dialogue, les différences peuvent donner naissance à quelque chose d’harmonieux, de puissant et de profondément humain. »

Laura Arend intègre le Conservatoire National ­ Supérieur de ­ Musique et de Danse de Lyon, puis le Jeune Ballet, avant d’intégrer le Merce Cunningham Studio aux États-Unis. Elle quitte New York ensuite pour rejoindre la Kibbutz Contemporary Dance Company en Israël. Aujourd’hui, Laura vit à Paris et travaille au Luxembourg et ailleurs.

Avec la création Comment se tenir au musée, le chorégraphe et danseur belge Florent Devlesaver interroge notre façon de coexister dans des lieux qui imposent le silence. Sous le calme apparent vibrent nos rêves et nos mondes intérieurs, invitant chacun à tracer son propre chemin vers la liberté. La pièce est conçue pour six danseurs, dont les artistes professionnels Justin Collin et Elisa Martinez, les danseurs Romain Witry et Nico Conter et les danseuses Sandra Fernandes Fitas et Lis Braquet. L’étudiante Lis Braquet participe pour la première fois au projet blanContact. « blanContact me permet de voir chaque être humain dans sa singularité et de vivre réellement ce que ça signifie de se relier à d’autres personnes à travers la danse. »

Le danseur et chorégraphe Florent Devlesaver est devenu artiste « sur le tard » et a un parcours atypique. Après un accident de travail à l’âge de 17 ans, Florent se retrouve en chaise roulante et apprend à se réapproprier son corps avec la danse. Il devient artiste professionnel et tire une force créatrice de (sa) singularité. « Lorsque je suis sur scène, le handicap disparaît et laisse place à l’artiste que je suis » (Florent Devlesaver). Avec le danseur Justin Collin, Florent a réalisé une prestation pour l’émission Incroyable Talent en 2017 où il est allé en finale.

Florent Devlesaver soulève une question intéressante autour du « dilemme de nommer ou de taire le handicap dans la communication sur les spectacles ». La question est cruciale. Est-ce une reconnaissance qui peut servir de « moteur de projection » aux autres personnes concernées, ou est-ce une étiquette réductrice qui enferme l’artiste dans une case ? « J’ai parfois du mal avec la place du mot handicap sur scène. C’est un terme qui appartient avant tout au champ social et qui, pour moi, n’a pas réellement sa place dans l’espace artistique. C’est une lecture qui appartient au regard que la société porte sur ce qui est montré, plus qu’à l’intention artistique elle-même. » L’enjeu est de ne pas limiter l’œuvre à la conditionde ses acteurs : on ne va pas voir un spectacle inclusif, mais une création dont la richesse puise dans une expérience singulière du monde.

« La singularité et la diversité sont une force », souligne ­ Nadine Braquet, une des dames bénévoles à côté de Liette Majerus, Simone Hamen et de Karin Kremer qui aident à l’encadrement du projet. « La scène se doit d’être un miroir de notre société. Il est important de montrer la société telle qu’elle est. Des perspectives différentes émergent de précieuses correspondances qui font naître des sentiments d’appartenance, d’empathie et de respect. »

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